Le rêve
Etrange. Elle prend la fuite. Elle court, les ailes froissées, les larmes noircies sur un visage blanc, elle court sur les écailles glissantes de ce dragon de glace noire. Il est froid, glacial, tout son corps est fait de neige, de flocons trop espacés les uns des autres pour paraître avec cette pureté hivernale. Alors ils laissent éclore l'obscurité entre leurs segments délicats. Elle perd son chemin. Tourne la tête. Droite. Gauche. Sous ses pieds. Le vide. La peur ! Quelle folie de se retrouver là à courir sur un dragon qui vole : une fois sur sa tête, sauter ? Mourir à son âge, c'est absurde. Bien absurde d'être une enfant. Etait-elle encore une enfant ? Devait-elle vivre si sa vie devait désormais consister en une course effrénée vers le vide ? Un rugissement caverneux s'échappa dans l'air et résonna dans tout l'espace invisible alentour, le silence perçant souffrit de ce bruit indescriptible et se prosterna à genoux, les mains tendues, secouées par des tremblements propres au silence d'une prière, prière convenue de l'attente d'un mal, du savoir. Eh bien, dis-moi pourquoi tu hurles ainsi ! Dis-moi et je promets de t'aider ! Je suis épuisé, cher compagnon de vol ! Voilà des jours que je vole sans espoir d'atterrir ! Dis-moi, réponds-moi je t'en prie ! Où est passée la Terre ? La Terre ? De quelle Terre parles-tu ? La Terre ! Le sol ! De l'herbe ! Une montagne, que dis-je une île qu'importe ! La Terre ! Tu es devenu fou mon pauvre dragon ! De la Terre, jamais il n'y a eu de la Terre ! De toute ma vie, et tu sais que je suis là depuis l'aube des temps, je n'ai jamais rencontré de surface sur laquelle je devrais lutter contre un écho infidèle ! Je l'ai pourtant désiré et n'ai eu que ma surdité pour me soutenir ! Je voudrais tant galoper, sentir la chaleur du monde, la dureté d'un rocher ! Que dis-tu silence ? Aucune voix ? Aucun écho ? Aucune Terre ? Mais comment ai-je pu naître ? Tu es né d'un rêve ! Un rêve ? Il n'y a pas de Terre dans les rêves ? Que nenni, juste des formes planes, des cris suspendus en quelques lettres flottantes, que toi et moi qui volons quelque part ! Mais je sens quelque chose sur mon dos ? Est-ce normal de sentir quelque chose ? Tu ne sens rien, mais tu crois si fort le sentir que tu le sens. C'est absurde ! C'est un rêve.
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